#5 : Planter des arbres pour mieux cacher la forêt ? Les illusions de la compensation

C’est la marotte d’un nombre croissant de grandes entreprises : planter des arbres pour compenser leurs émissions de CO2. C’est à qui annoncera les plus gros chiffres : Air France s’est engagé à planter 70 millions d’arbres ; la Fondation Yves Rocher indique 100 millions ; Total promet 310 millions…

Les Etats et personnalités politiques ne sont pas en reste dans cette course au « toujours plus ». Et désormais, même les startups s’y mettent : Offset Earth propose ainsi à tout un chacun de planter des arbres à notre place, contre un abonnement de 6 dollars par mois – non, ce n’est pas une blague. A priori incongru - pour ne pas dire agaçant - ce système devrait pourtant profiter d’un marché très large…Certains dressent d’ailleurs le parallèle avec le commerce des indulgences vendues par l'Église au XVème siècle, qui promettait le pardon des pêchés contre des dons financiers. La startup Wren, sur le même créneau, vient même de lever 1.5 million de dollars auprès de plusieurs investisseurs réputés, ayant souvent eu le nez creux…

Il faut dire qu’une étude « scientifique » parue mi-2019 est venue donner du grain à moudre à ces initiatives : planter 1200 milliards d’arbres permettrait, dit-elle, d’endiguer le réchauffement mondial. "On peut démontrer que c’est une solution parfaite et de loin la meilleure face au réchauffement climatique" affirme même son auteur, un chercheur britannique qui ne manque pas d’assurance !

Evidemment, la nouvelle - pourtant controversée dans la communauté scientifique - n’a pas manqué d’être largement partagée : on tiendrait là, enfin, une fameuse « solution » tant espérée. Et tant pis si les critiques académiques ne manquent pas sur cette étude, que des erreurs de calcul y ont été décelées, et que l’auteur lui-même a mis depuis un peu d’eau dans son vin…

On s’en doute bien : derrière les annonces de compensation, le greenwashing est rarement loin. Ce numéro vise à donner toutes les clefs pour comprendre pourquoi, et pouvoir l’expliquer à votre tour.

Pourquoi la solution de la compensation carbone est un mirage

Rappel : Tant que le carbone est stocké sous forme de roche (charbon) ou liquide (pétrole), il est inerte d’un point de vue climatique. C’est sa combustion qui est problématique, lorsqu’il est libéré dans l’atmosphère. C’est là que l’arbre est intéressant : il absorbe du CO2 pour grandir. Voilà pourquoi on dit qu’un arbre est un « puits » ou une « pompe » à carbone.

Debunkage : Pour autant, « prétendre que planter des arbres permet de «compenser» ou de «neutraliser» les émissions d’une entreprise relève de la supercherie », comme l’écrit Jonathan Guyot, président de l’association all4trees. Voici pourquoi :

1. Un problème de temporalité

·       Un arbre ne pousse pas instantanément. « Quand on plante un arbre, la capture de CO2 prend 30, 50, 100 ans » explique ainsi Renaud Bettin, responsable du pôle neutralité carbone du cabinet Carbone4. Autrement dit : les arbres que l’on plante aujourd’hui mettront plusieurs dizaines d’années pour séquestrer les émissions de CO2 actuelles, qui, elles, partent dès maintenant dans l’atmosphère...

·       Or nous n’avons pas le temps de regarder pousser les arbres si nous voulons stabiliser le climat. Les scientifiques sont clairs : c’est dès maintenant qu’il nous faut réduire de façon drastique nos émissions, à moins de franchir des seuils irréversibles.

2. Un problème de réversibilité

·       Les arbres ne stockent pas de façon permanente le carbone qu’ils absorbent. Le carbone stocké est relâché à un moment ou à un autre (fin de vie, combustion…). Sur tout son cycle de vie, un arbre absorbe autant de CO2 qu’il en rejette.

·       Le réchauffement climatique lui-même accélère ce relâchement : lorsque les températures grimpent, les arbres commencent à relâcher du CO2 stocké sous l’effet du «stress hydrique» [agression d’une plante exposée à un environnement sec, qui transpire alors plus qu’elle n’absorbe d’eau]. De « puits » de carbone, ils deviennent alors (plus rapidement) « sources » de carbone. Et ce d’autant plus que le réchauffement engendre aussi des incendies et maladies, qui accélèrent le phénomène.

De façon générale, le changement climatique mettra les forêts fortement sous tension : compter sur elles pour la compensation est donc très périlleux. En France par exemple, ce qui est planté aujourd'hui risque de souffrir fortement de la chaleur dans 30, 40, 50 ans. Et planter dès à présent des espèces adaptées au climat de demain n’est pas non plus une solution, car ces plantes (inadaptées au climat actuel) risquent de mourir rapidement avec le froid hivernal…

·       Et ce sans parler de la déforestation : une nouvelle étude menée sur dix ans montre que près d’un cinquième de la forêt amazonienne émet désormais plus de CO2 qu'elle n'en absorbe, en large partie pour cause de déforestation - et ce chiffre ne fait qu’empirer chaque année.

3. Un problème de capacité

·       « La capacité des terres à accueillir de nouvelles plantations d’arbres est limitée. On ne pourra pas acheter indéfiniment de nouveaux hectares de forêts » explique Renaud Bettin. Or les ordres de grandeur en émissions de CO2 que les entreprises entendent « compenser » sont gigantesques… Une étude parue l’an dernier sur le sujet montre que « si l'Accord de Paris sur le climat était respecté (ce qui est loin d'être le cas), les plantations nécessaires pour compenser nos émissions devraient être énormes : elles remplaceraient de larges superficies d'écosystèmes naturels et plus d'un quart des terres agricoles utilisées. Les conséquences dépasseraient largement les bénéfices ».

·       En réalité, dans bien des cas, notamment en France qui connait un « gros problème de dépérissement dans les forêts de l’Est », « l’enjeu numéro un devrait être de renouveler ces forêts, et non pas de planter », juge Renaud Bettin.

4. Un problème de biodiversité

·       Au niveau du choix des arbres plantés : les projets de compensation carbone mènent trop souvent à planter des arbres en monoculture, pour « faire le nombre », sans préoccupation pour la qualité de ce qui est planté. Or la richesse d’une forêt dépend directement de sa diversité. Sans diversité, la vulnérabilité d’une forêt est plus forte, et sa capacité à absorber fortement du CO2 est plus limitée. Sans compter que l’absence de diversité engendre des forêts silencieuses, comme sans vie…

·       Au niveau de l’impact de ces initiatives sur la biodiversité. Un article du CNRS explique par exemple que « la plantation d'arbres dans des écosystèmes naturellement herbacés va détruire les habitats d’un grand nombre d’espèces végétales et animales. De telles actions sont très dommageables pour les services écosystémiques fournis à l’humanité ». D’autres critiques soulignent aussi les dangers liés à « l'utilisation d’espèces forestières à croissance rapide, eucalyptus ou pins, susceptibles de perturber les écosystèmes locaux ».

On pourrait également ajouter un 5e problème : les conséquences de certains projets de « compensation » sur les communautés locales. Les Amis de la Terre alertaient en 2015 sur les dangers « d’une forme d’accaparement des terres : il suffit de lire les petites lignes des contrats carbone pour y découvrir systématiquement des mesures de surveillance, voire de répression à l’encontre des communautés qui n’ont plus le droit d’abattre des arbres, par exemple pour cultiver un lopin de terres ».

La revue Socialter donne un exemple frappant : « l’entreprise américaine qui produit les véhicules les plus polluants au monde (le célèbre Hummer de General Motors), avait passé un accord avec l’État du Paraná au Brésil pour compenser ses émissions en finançant la protection de plusieurs forêts. Résultat : une « police verte » a été déployée par l’entreprise américaine, menant à l’emprisonnement de plusieurs locaux qui avaient coupé des arbres ».


Perspectives


- Les entreprises se ruent sur les projets de « compensation » sous forme de plantation d’arbres car les arbres sont un symbole marketing par excellence. Cette logique du symbole et du quantitatif mène parfois à des situations ubuesques... Ainsi en Turquie, le 11 novembre 2019 a été décrété jour de “reforestation nationale” par le président Erdogan : 11 millions de sapins ont été plantés ce jour-là à travers le pays. Moins de trois mois plus tard, près de 90 % des arbres plantés seraient déjà morts, victimes du manque d’eau, selon le Syndicat de l’agriculture et des forêts : “les responsables du projet n’ont pas voulu écouter les mises en garde des experts ; leur seule préoccupation était de battre un record”…

- Au cœur du sujet, un double problème :

1.       Sémantique, puisque ce terme de « compensation » renvoie à des actions qui, comme expliqué plus haut, trop souvent…ne compensent pas véritablement ! L’expression  « neutre en carbone » est donc trompeuse puisqu’elle s’appuie dans la grande majorité des cas sur des logiques de compensation.

2.       D’accountability comme disent les anglosaxons - cette notion qui mêle responsabilité et obligation de rendre des comptes. « Annoncer un zéro carbone magique, qui n’est pas réel, c’est le triomphe de la facilité. Ce qui amène les entreprises à faire ces annonces, c’est qu’elles n’ont pas conscience que la neutralité carbone est un changement de modèle radical » estime Renaud Bettin. On pourrait ajouter une autre raison fondamentale : ceux qui prennent des engagements aujourd’hui sur la neutralité carbone à horizon 15, 20 ou 30 ans ne seront plus en poste pour rendre des comptes…

-Dès lors…

·       Le rôle critique des médias est essentiel face aux annonces de ce type. Quand Easyjet se proclame « première compagnie neutre en carbone au monde », quand Air France dit proposer à tous ses clients « un voyage neutre en carbone en France », tout journaliste doit tiquer et mettre tous les guillemets qui s’imposent. C’est heureusement souvent le cas.

·       En revanche, « il manque encore un gendarme de la neutralité » comme le formule Renaud Bettin. En attendant, les « gendarmes de la publicité » commencent à sévir. L’autorité britannique de régulation de la publicité vient par exemple d’interdire Ryanair de rediffuser des publicités sur sa supposée faible empreinte carbone (l’entreprise se vantait d’avoir les plus faibles émissions de CO2 en Europe « parmi les grandes compagnies aériennes »…).

·       Bien sûr, toutes les initiatives de plantation d’arbres ne sont pas à ranger dans le même sac. Le moteur de recherche Ecosia indique par exemple « ne jamais faire de monocultures » et « se rendre sur place pour s’assurer de la bonne gestion des forêts plantées ».

Mais on peut regretter, entre autres, que ces initiatives se focalisent en très large majorité sur l’objectif de reforestation (avec tous les problèmes cités plus haut), ignorant le besoin, très important en France par exemple, de lutter contre la malforestation. Cela supposerait que les entreprises acceptent de financer la gestion d’écosystèmes forestiers plutôt que la plantation d’arbres. Mais ces projets « se vendent moins bien à la RSE des entreprises, parce qu’on ne vend pas seulement un arbre, mais de la conception et du suivi hautement qualifié du travail forestier… » explique Meriem Fournier, présidente de l'Inra Grand-Est-Nancy.

·       Il faudrait donc dépasser la simple plantation d’arbres pour s’inscrire dans une vision forestière plus large. En la matière, retenons la métaphore du placard, citée par le chercheur Jean-Luc Dupouey (INRA) : on peut remplir le placard que sont les surfaces forestières avec du carbone, mais pas indéfiniment. Une fois le placard plein, une solution intéressante consiste à sortir le bois suffisamment âgé, et donc le carbone, de la forêt (en palettes, charpentes, etc.) - moyennant des pertes de carbone qui restent marginales si les coupes sont correctement effectuées.

L’avantage est double : 1) stocker du carbone hors des forêts (dans les maisons, etc.), libérant ainsi de la place en forêt pour des arbres jeunes (ayant donc un potentiel de “puits de carbone” encore important) ; et 2) réduire certaines émissions par ailleurs (exemple : construire des charpentes avec ce bois plutôt qu’avec de l’acier, dont la construction a un coût énergétique élevé). Cette perspective laisse un peu plus de marge de manœuvre pour compenser…sans être infinie pour autant (les palettes, planches, charpentes ont une durée de vie limitée).

·       Enfin et surtout, « l’urgence n’est pas de regarder pousser des arbres mais de fermer le robinet à pétrole » comme le formule Les Amis de la Terre. Ce qui pose problème, ce n’est pas tant les initiatives de compensation en soi – bien mises en place, elles peuvent présenter un intérêt réel (« mais plus pour améliorer la biodiversité et la santé des sols, créer des emplois, etc. que pour capturer du CO2 » selon Renaud Bettin) – que le fait qu’elles servent souvent d’alibi pour éviter de réduire les émissions à la source. C’est là que le bât blesse. Or l’enjeu est bien là.

Au fond, à l’heure où se prépare le projet de construction du terminal 4 de Roissy (projet considéré par certains comme le plus climaticide de France, avec une augmentation prévue des émissions de 15 millions de tonnes de CO2 par an, comme si l’on ajoutait Orly à Roissy), la question fondamentale, encore taboue, pourrait être celle-ci : les activités de certaines entreprises ne sont-elles pas simplement incompatibles avec un monde bas carbone ? Poser la question, c’est peut-être déjà y répondre…

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C’était le 5e numéro de Nourritures terrestres, la newsletter sur l’écologie qui donne matière à penser : n’hésitez pas à le partager s’il vous a intéressé ou à vous inscrire sur ce lien. Retrouvez également ici l’ensemble des autres numéros. A très vite !

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** Bonus **


Les limites du marché de la compensation carbone, au-delà de la plantation d’arbres

Ce numéro s’est focalisé sur la plantation d’arbres, qui est aujourd’hui la méthode de compensation carbone la plus emblématique…mais pas la seule.

Rappel du principe :

·       La compensation carbone consiste à soutenir des projets dont les activités réduisent les émissions ou en séquestrent.

·       En pratique, il existe un marché de la compensation, et même deux : d’un côté, un marché réglementé, associé à un plafonnement des émissions des industriels, avec une logique de rachat de crédits carbone (dits « droits à polluer ») dans les cas de dépassement ; d’un autre côté, un marché volontaire, non-réglementé, dans lequel un acteur peut acheter volontairement des crédits carbone.

·       Un crédit carbone représente une tonne d’équivalent CO2 dont l’émission a été évitée grâce à un projet. Au-delà de la plantation d’arbres, les types de projets financés concernent les énergies renouvelables, la gestion des déchets, le chauffage des bâtiments, etc.


Debunkage 
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Dans l’ensemble, ce marché de la compensation carbone - malgré certains progrès au cours de la dernière décennie - bute sur plusieurs grandes limites :

1/ La grande difficulté à garantir qu’un projet n’aurait pas existé sans le mécanisme économique de la compensation. Pour Alain Karsenty, chercheur au Cirad, « il faut lutter contre les effets d'aubaine [du côté des porteurs de projets], quand les projets sont déjà rentables à la base ». Or, selon le chercheur Augustin Fragnière, « des études montrent que 80 % des projets de compensation institutionnelle auraient vu le jour même sans le système d’achats de crédits. On peut donc avancer que ces crédits n’ont rien changé… à part à enrichir les promoteurs de projets ». Même si le chiffre de 80% fait débat, ce problème reste non-négligeable.

2/ L'impossibilité d'établir une réelle équivalence entre d’une part la tonne de CO2 émise par un Etat ou une entreprise, d’autre part la tonne de CO2 censée être soustraite grâce au projet de compensation financé. Les promesses de réduction des émissions sont en effet souvent surestimées. Une grande étude menée sur plus de 5000 projets de compensation montre que 85% (!) d’entre eux ont une « probabilité faible » d’assurer en réalité les réductions d’émissions promises, et que seuls 2% (!) des projets satisfont les exigences de qualités requises.

Au cœur du problème : les experts chargés de vérifier ces exigences sont en sous-effectif, et sont dès lors forcés, d’après un article du Monde, de sous-traiter à des tiers qui reçoivent de fortes pressions externes pour approuver les dossiers – or aucune sanction n’est prévue dans ces cas de figure !

3/ Des impacts des projets de compensation pouvant être, paradoxalement, problématiques écologiquement (déforestation, forte consommation d’eau, impact sur des communautés…).

4/ Un prix moyen de vente des « crédits carbone » trop bas pour inciter à changer les pratiques. Compenser une tonne de carbone ne coûte en effet environ que trois dollars aux entreprises. « On estime que si la tonne coûtait plutôt 40 ou 80 dollars, les entreprises réfléchiraient plus à limiter leurs émissions à la source plutôt que de se lancer dans un programme de compensation », d’après Augustin Fragnière.

Ce système entraîne dès lors de « mauvaises incitations » selon lui: « permettre de compenser à très bas coût leurs émissions n’incite pas les entreprises à repenser la façon dont elles émettent du carbone en premier lieu. Ça ne les incite nullement à transformer notre système économique actuel ».

5/ Une ambition de statu quo porté par le mécanisme actuel, alors qu’il nous faut baisser les émissions. C’est ce qu’explique Augustin Fragnière : « le concept du marché de la compensation repose sur un jeu à sommes nulles. Pour une tonne compensée, il faut qu’une tonne soit émise quelque part. Or les Accords de Paris préconisent une réduction drastique de nos émissions : nous devons émettre moins, pas compenser ».

Tout ceci sans compter qu’un grand nombre d’intermédiaires profitent de ce système « sans toujours être transparents sur leur marge de revente ni exigeants sur les pratiques des entreprises » explique Jonathan Guyot…

Enfin, pour rajouter de la complexité au problème, comme l’explique le cabinet Carbone4 « il y a autant de type de crédits carbone qu’il y a d’activités émettrices de CO2 » : autrement dit,tous les crédits carbones ne se valent pas qualitativement…Dès lors, c’est « la nature des crédits carbone achetés qui conditionne la solidité d’un engagement au regard de la lutte contre le changement climatique ».


Pas de miracle non plus pour la « compensation biodiversité »

Un dernier mot : outre la compensation carbone, on parle aussi de compensation en matière de biodiversité. Le principe : contrebalancer les effets négatifs de projets sur la biodiversité, via, par exemple, des opérations de restauration (réintroduction d’espèces…), de protection (création de réserves naturelles…), de formation, etc.

Mais la compensation biodiversité telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne donne, là non plus, pas de miracle : une grande étude du Muséum national d’histoire naturelle, publiée en septembre 2019 et menée sur 25 gros projets d’aménagement en France, concluait à une « compensation de papier », qui ne « protège rien du tout ».

Un article du Canard Enchaîné enfonçait le clou récemment : on y lisait que « le Conseil National de la Protection de la Nature (aujourd’hui menacé) examine seulement 300 des 5000 études d’impact menées chaque année ». Une experte du CNPN confiait : « parfois il m’arrive de tomber sur un bon dossier. Mais souvent, l’inventaire complet de la faune et de la flore est bâclé, et les mesures compensatoires n’en sont pas »...

Pour conclure…

L’idée n’est pas ici de jeter le discrédit sur le travail - essentiel - de nombreux écologues et scientifiques en la matière. Ni de sous-estimer les progrès réalisés ces dernières années.

De façon générale, toute pression sur l'environnement doit être - dans l’ordre - évitée, puis réduite, puis en dernier lieu compensée si les deux premières étapes n’ont pas suffi. Ce principe est acté réglementairement pour la biodiversité depuis 2016 en France (séquence dite ERC pour « éviter, réduire et compenser »), et a été repris pour le carbone avec l’objectif de neutralité à horizon 2050 que s’est fixée la France.

Malgré toutes ses limites (qui varient en fonction des milieux naturels), la compensation n’est pas à rejeter ; en privé, un chercheur français en économie écologique confiait même récemment qu’il n’est selon lui pas possible de faire de durabilité forte sans compensation (tant qu’elle arrive en troisième étape). En revanche, en pratique non seulement les projets sont trop souvent bâclés et ne compensent pas suffisamment, mais surtout, les entreprises passent trop rapidement sur le E (éviter) et R (réduire) pour faire directement du C (compenser) – et cela vaut en compensation carbone comme en compensation biodiversité. C’est bien ici que se situe le principal levier de changement à actionner.